LE CORPUS SECONDAIRE II

CORPESEONDAIRE

 

 

 

 

 

 

 

Cioran suit Schopenhauer, en fait, jusqu’à un certain point, mais Schopenhauer démasque les illusions au lieu de les souligner.

Le secret de la vie est donc le renoncement au bonheur : « Car on devient homme non par le biais de la science, de l’art ou de la religion, mais par le refus lucide du bonheur, par l’inaptitude foncière à être heureux ».

Le monde, d’ailleurs « n’est qu’un accident, qu’une erreur, qu’un glissement du moi ». Cette inaptitude au bonheur est fondamentale dans la perception d’une temporalité à laquelle on ne peut jamais s’identifier.

En effet, vécue dans la distance, l’histoire est caractérisée comme « un drame divin. Car non seulement Dieu s’en mêle, mais il subit, parallèlement et avec une intensité infiniment accrue, le processus de création et de dévastation qui définit la vie ». C’est Dieu qui est responsable, d’après l’essayiste, de tous les siècles d’histoire. Pour transgresser le temps et l’histoire, Cioran imagine une solution : « […] il faut les haïr pour pouvoir adhérer aux perfections inutiles, aux déchirements, et aux béatitudes, hors du temps, hors de l’histoire. […]. L’évasion au-delà du temps et de l`histoire a comme condition la haine, le mépris de tout ce qui nous entoure, notamment le temps et l`histoire ; cette négation mène à la recherche du bonheur au dehors du temps.

Syllogismes de l`amertume frappe par ses titres métaphoriques qui évoquent la relation être-temps (« Temps et anémie »), le « Vertige de l`histoire », la « Religion » et même la linguistique (« Atrophie du verbe »). D’autres qualificatifs se rajoutent au temps, dans cet ouvrage : le temps devient « temps clinique où comptent seuls les cas »  et d’autres relations temporelles contradictoires (comme l`admiration pour le temps et la séparation de celui-ci) se rajoutent. Ainsi, on peut concevoir la séparation entre le temps et le narrateur : « Le temps m’est interdit. Ne pouvant en suivre la cadence, je m’y accroche ou le contemple, mais n’y suis jamais : il n’est pas mon élément. Et c’est en vain que j’espère un peu du temps de tout le monde ! ». Voilà donc deux chemins parallèles : la vie du narrateur (qui éprouve un temps intérieur différent du temps universel) et le temps universel (mondial, je dirais), dans lequel il ne peut être inclus.

Très intéressants aussi, dans ce volume, sont le lien entre homme et durée et la séparation entre durée et temps, comme la montre la citation suivante :

 

Nous ne pouvons agir qu’en fonction d’une durée limitée : une journée, une semaine, un mois, un an, dix ans ou une vie. Que si, par malheur, nous rapportons nos actes au Temps, temps et actes s’évaporent : et c’est l’aventure dans le rien, la genèse du Non.

 

La durée est une unité /une partie du temps et l’être ne peut ainsi se rapporter qu’à cette partie, nommée durée, à laquelle il s’identifie et non au temps. Si l’homme se compare au temps, c’est alors « l’aventure dans le rien », il ne se retrouve plus, il lutte à contre-courant. La durée a une valeur plus importante que le temps, car l’homme peut s’y situer tandis que le temps est  comme un gouffre où on ne se retrouve plus. Notre « expérience temporelle » se déroule donc « Entre l’Ennui et l’Extase ». Cioran joue ainsi sur les limites.

Les références à Nietzsche ne manquent pas dans ce recueil. Par exemple, dans cet aphorisme : « Avec Baudelaire, la physiologie est entrée dans la poésie ; avec Nietzsche, dans la philosophie. […]. En comparant ces deux écrivains, Cioran dit que, comme les auteurs du XIXe siècle, ils sont plutôt intéressés par les traits moraux de l’être humain, les traits physiologiques, mais qu’ils les utilisent différemment. Ensuite, Cioran prend position au sujet de l’oeuvre nietzschéenne  Ainsi parlait zarathoustra :

 

[…] dans Nietzsche, nous aimons Zarathoustra, ses poses, sa clownerie mystique, vraie foire des cimes… Son idolâtrie de la force relève moins d’un snobisme évolutionniste que d’une tension intérieure qu’il a projetée au-dehors, d’une ivresse qui interprète le devenir et l’accepte. Une image fausse de la vie et de l’histoire devait en résulter […]. L’idée de surhomme ne nous paraît plus qu’une élucubration ; […]. C’est l’expert en déchéances, le psychologue, psychologue agressif, point seulement observateur comme les moralistes.

 

Cioran critique surtout le désir du pouvoir (« l`idolâtrie de la force ») qui est identifié à un problème personnel extériorisé et est à la base de la conception nietzschéenne sur l’acceptation du futur, donc du Surhomme et de l’image fautive de la vie et de l`histoire. Le Surhomme, le modèle jugé illusoire de Nietzsche, devient « une élucubration », une divagation et Nietzsche est comparé à un « expert en déchéances » et à un « psychologue agressif ».

Dans Le Mauvais démiurge, Cioran évoque sans cesse la figure de Dieu dans les fragments qui le composent. Ce qui frappe ici, ce sont les définitions de la vie et la relation vie-éternité, puis vie-liberté (« Pensée étranglée »). La vie, d’après Cioran, « n’est pas une cause, elle est mystérieuse et harassante à souhait ; […] ». L’existence d’un seul Dieu la rend insupportable :

 

Lorsqu’on se répète que la vie n’est supportable que si l’on peut changer de dieux et que le monothéisme contient en germe toutes les formes de tyrannie, on cesse de s’apitoyer sur l’esclavage antique. Il valait mieux être esclave et pouvoir adorer la déité qu’on voulait, qu’être « libre » et n’avoir devant soi qu’une seule et même variété du divin. La liberté c’est le droit à la différence ; étant pluralité, elle postule l’éparpillement de l’absolu, sa résolution en une poussière de vérités, également justifiées et provisoires.

 

Dans ce passage frappant, la vie nous ramène ainsi à l’esclavage (par l’adoration des dieux) ; le regret de l’essayiste se manifeste dans ses propos sur la condition ancienne de l’existence, l’esclave dont Cioran admire la liberté et méprise la soi-disant liberté actuelle de l’homme qui n’a qu’un seul choix, « une seule et même variété du divin ». D’ailleurs, pour Cioran,

Être libre, c’est se débarrasser à jamais de l’idée de récompense, c’est n’attendre rien des hommes ni des dieux, c’est renoncer non seulement à ce monde et à tous les mondes mais au salut lui-même, c’est en briser jusqu’à l’idée, cette chaîne entre les chaînes.

 

 

La vie représente aussi un « état de culpabilité »que seule une action libre peut briser : « Il faut à tout prix s’en affranchir, si on veut être libre ; […] s’affranchir de la liberté elle-même, la rabaisser au niveau d’un préjugé ou d’un prétexte pour n’avoir plus à l’idolâtrer…Alors seulement on commencera à apprendre comment agir sans désirer ».

Le secret de la vie est ainsi le renoncement au désir, car, par le désaccord entre volonté et possibilité, il mène l`homme à la souffrance. L’homme occupe « un point, et encore ! » dans l’univers et « Nous sommes tous au fond d’un enfer dont chaque instant est un miracle ». En concevant la place de l`homme dans l`espace, et plus précisément le fait que l`homme occupe « un point », Cioran nous fait voir sa petitesse dans le monde de deux façons : tant au sens propre du mot (« un point » parmi les milliers dans l`espace) qu’au sens figuré (son impuissance, son non-pouvoir).

Ce qui importe dans la vie, rappelle Cioran comme un leitmotiv tout au long de son oeuvre, ce sont les instants : « Seuls  comptent ces instants où le désir de rester avec soi est si puissant, qu’on aimerait mieux se faire sauter la cervelle que d’échanger une parole avec quelqu’un », ou encore « Une vie pleine n’est, dans le meilleur des cas, qu’un équilibre d’inconvénients ».

C’est grâce à la souffrance, nous l’avons vu ailleurs, qu’on peut sentir, vivre le temps :

La souffrance vous fait vivre le temps en détail, instant après instant. C’est dire s’il existe pour vous ! Il glisse sur les autres, sur ceux qui ne souffrent pas ; aussi est-il vrai qu’ils ne vivent pas dans le temps, et même qu’ils n’y ont jamais vécu.

Ceux qui souffrent vivent donc certainement dans le temps pur, « instant après instant ». Le temps existe-t-il ainsi seulement pour les malheureux ? Oui, le temps pur se rend visible seulement à ceux qui souffrent.

On retrouve ici aussi la relation entre durée et existence et leur rapport inversement proportionnel : « Durer c’est s’amoindrir : l’existence est perte d’être . Plus on avance dans la durée, plus la perte de l’être se produit. L’aphorisme suivant sur l’existence, précise cette proposition : « […] exister, c’est prouver qu’on n’a pas compris à quel point il est tout un de mourir maintenant ou n’importe quand. […] ». L’existence est niée et mise en rapport avec son contraire. La mort est un phénomène qui arrivera de tout façon : pour les uns tôt, pour les autres tard.

À l’égard du temps, et plus précisément du futur, Cioran explique :

[…] c’est que justement, l’avenir, objet d’espoir ou d’horreur, est notre véritable lieu ; nous y vivons, il est tout pour nous. L’obsession de l’avènement, qui est d’essence chrétienne, en réduisant le temps au concept de l’imminent et du possible, nous rend inaptes à concevoir un instant immuable, reposant en lui-même, soustrait au fléau de la succession. Même dépourvue du moindre contenu, l’attente est un vide qui nous comble, une anxiété qui nous rassure, tant nous sommes impropres à une vision statique. […].

 

Il nous faut du futur à tout prix. La croyance au Jugement dernier a créé les conditions psychologiques de la croyance au sens de l’histoire ; mieux : toute la philosophie de l’histoire n’est qu’un sous-produit de l’idée du Jugement dernier.

L’attachement à la notion de futur chez l’homme lui fait perdre de vue l’instant ; l’attente, temps de veille, devient aussi un temps sans consistance, un temps mort (« vide »). L’homme rêve toujours à un futur merveilleux ; il vit dans le futur et oublie le moment présent, l’instant. Cette vie dans le futur ne trahit-elle le mécontentement de l’être humain dans le présent ?

Dans ce livre, le « moi » m’intéresse beaucoup pour sa position ambiguë :

Le « moi » conçu comme une donnée substantielle et irréductible désarçonne plus qu’il ne rassure : comment accepter que cela cesse qui semblait si bien tenir ? comment se séparer de ce qui subsiste par soi, de ce qui est ? On peut quitter une illusion, si invétérée soit-elle ; que faire en revanche devant du consistant, du durable ? […]. Non que ce monde n’existe pas, mais sa réalité n’en est pas une. Tout a l’air d’exister et rien n’existe […].

Le dualisme bouddhiste, « tout a l’air d’exister et rien n’existe », constitue le thème majeur de ce dernier aphorisme, conception qui brise d’ailleurs l’oeuvre de Cioran. L’essayiste joue ainsi le rôle d’un personnage tragique shakespearien, comme Macbeth ou Hamlet pour qui l’existence n’est plus qu’apparence. Il affirme, tout comme Bergson, l’existence de deux « moi » :

[…] Ce désintéressement auquel je m’applique, je n’y atteins que lorsque je troque mon ancien moi contre un nouveau, le moi de la vision détrompée, et qui triomphe ici, au milieu de ces fantômes, où tout m’infirme, où celui que j’étais m’apparaît lointain, incompréhensible. […].

La mémoire est évidemment un autre concept auquel je m’intéresserai dans cette étude. Ici, Cioran explique que « La seule fonction de la mémoire est de nous aider à regretter ». La mémoire a d’habitude la fonction de rappeler les images du passé. Pour l’essayiste,  elle joue un rôle instructif, elle nous aide à voir que le passé était mieux que le présent.

Exercices d’admiration, publié en 1986, est un hymne adressé aux auteurs influents comme Mircea Eliade, Joseph de Maistre, son modèle antique, Paul Valéry, et d’autres dont Cioran louange les idées. La dimension temporelle ressort une fois de plus, dans ce recueil, car d’autres définitions et concepts s’y rattachent.

Les remarques sur l’histoire ne manquent pas dans ce volume, notamment dans des commentaires sur Joseph de Maistre : « L’histoire, suivant Maistre, doit nous faire revenir – par le détour du mal et du péché – à l’unité de l’âge paradisiaque, à la civilisation ‘‘parfaite’’, aux secrets de la ‘‘science primitive’’.

D’après Maistre, c’est par le biais de l’histoire qu’on arrive à la civilisation parfaite, donc par la poursuite du chemin à rebours vers un temps origine, celui de l’âge paradisiaque. Comme De Maistre est le modèle de Cioran, on se rend compte qu’il suit et soutient peut-être la même idée de retour au paradis, ce que nous verrons plus tard dans notre étude. Si Maistre montre le côté positif de l’histoire, comme un instrument dans la recherche du bonheur, Cioran relève plutôt ses défauts. L’essayiste roumain rajoute, encore une fois, à ses lectures sa vision sur le non-sens de l’histoire : « À un certain degré de détachement et de clairvoyance, l’histoire n’a plus de cours, l’homme même cesse de compter : rompre avec les apparences, c’est vaincre l’action et les illusions qui en découlent ».

Cette perspective se traduit par un certain détachement qui n’est pas visible à l’oeil nu ; on doit se détacher de l`histoire pour voir clairement la réalité qui se cache derrière elle, donc vivre en dehors du temps. Ce qui est essentiel, c’est d`atteindre un certain « degré » (une grande distance ?) de cette séparation.

Cioran explique encore que la rencontre de l’éternité ne se réalise pas par « le saut individuel dans l’absolu », par un effort volontaire (au contraire de Nietzsche), mais plutôt par  un événement extraordinaire, peut être involontaire, et qui ne dépend pas obligatoirement du pouvoir humain. C’est ce que Cioran évoque dans ce passage cité au complet :

Dans sa pensée, l’entrée dans l’éternité s’effectue, non point par l’extase, par le saut individuel dans l’absolu, mais par l’entremise d’un événement extraordinaire, à même de clore le devenir ; nullement par la suppression instantanée du temps opérée dans le ravissement, mais par la fin des temps, – dénouement du processus historique dans son ensemble.

L’éternité s’annonce ainsi comme une nouvelle sphère dans laquelle on peut entrer (comme dans le Paradis de Dante Alighieri dont l’entrée était gardée par le chien Caron) ; cette étape est très importante, car elle suppose « un événement extraordinaire », l’anéantissement du « devenir », donc « la suppression instantanée du temps ».

D`après ce modèle, l`histoire en soi n`a pas de sens, elle n’est qu’un moyen par lequel on arrive à l`âge paradisiaque. Dans les Exercices d’admiration, ce non-sens expliquera le non-obstacle, la facilité et la rapidité de la chute cioranienne dans le temps des origines.

Aveux et Anathèmes, oeuvre aphoristique, comporte des titres comme « À l’orée de l’existence », « Fractures », « Magie de la déception », « Face aux instants », « Exaspérations », « Cette néfaste clairvoyance ». Très importantes dans ce recueil sont la mise en question de la liberté et les méditations sur la vie et la mort, de même que la négation de l’éternel retour et du progrès.

En parlant des comportements individuels, Cioran explique que « L’homme est libre, sauf en ce qu’il a de profond. À la surface, il fait ce qu’il veut ; dans ses couches obscures, ‘‘volonté’’ est vocable dépourvu de sens ».

La liberté est ainsi réalisable et visible à la surface (à première vue), mais si l’on regarde mieux à l’intérieur, nos faits et actions proviennent d’une autre décision, ne sont pas vraiment notre choix ; notre « volonté » n’est pas la « nôtre », elle est celle d’autrui. En comprenant l’homme comme « – un être conduit de sa propre volonté – » (Schopenhauer 45), Schopenhauer conteste l’existence de la liberté. Cioran est ici du côté de Schopenhauer. Nietzsche et Sartre (contrairement à Cioran), soutiennent « qu’il n’y a, pour l’homme, aucunes contraintes fatales ; ils vont exalter la liberté illimitée de l’homme avec une volonté de puissance (Nietzsche) ou à celui décis de garder son indépendance à tout prix Sartre » (Miroiu : 52).

La vie et la mort sont mises ensuite en opposition : si « Mourir c’est changer de genre, c’est se renouveler …», la vie « ne s’épanouit que grâce à la répétition, au cliché, au pompiérisme. Tout le contraire de l’art ». La mort est donc un renouvellement, un changement de condition ; mais paradoxalement ce renouvellement se réalise grâce à la répétition. La répétition est toutefois une condition de l`épanouissement de la vie ; elle devient ainsi la condition du succès. Le pompiérisme en art est un kitsch, une copie de l’original.

« Exister est une déviation si patente qu’elle en acquiert le prestige d’une infirmité rêvée », explique l’essayiste. L’idée d’éternel retour et le progrès n’ont donc pas de sens pour le narrateur : « L’éternel retour et le progrès : deux non-sens. Que reste-t-il ? La résignation au devenir, à des surprises qui n’en sont pas, à des calamités qui se voudraient insolites ». Après avoir nié la valeur de l’éternel retour et le progrès, l’essayiste explique qu’il nous reste la résignation. Il rajoute ensuite que « Toute vie est l’histoire d’une dégringolade. Si les biographies sont tellement captivantes, c’est parce que les héros, et les lâches tout autant, s’astreignent à innover dans l’art de culbuter ». Ainsi, vie et histoire s`entremêlent, avec pour résultat le syllogisme « en Barbara » (Chenique : 221) : a = b ; c = a donc c = b.

 

(a) L`histoire = (b) partie principale du temps (dans un paragraphe antérieur)

(c) La vie = (a) l`histoire

(c) La vie = (b) du temps

 

À l’égard de la disparition de l’homme, Cioran rajoute enfin son propre jugement : « L’homme va disparaître, c’était jusqu’à présent ma ferme conviction. Entre-temps j’ai changé d’avis : il doit disparaître » . Dans ce volume, le passage du temps influence négativement la pensée de l’essayiste qui devient de plus en plus pessimiste, en arrivant à désirer la disparition de l’humanité. La prévision est devenue par la suite une vision, le futur est devenu un ordre : « va disparaître »/« doit disparaître » (tout comme Bergson l’affirme).

De ces livres hors corpus je garde les idées suivantes : le déterminisme de l’homme, la relation vie-mort, l’interdépendance entre la vie et l’histoire, le dualisme bouddhiste, la négation de l’éternel retour et du progrès, le non-sens de l’histoire, la « post-histoire, l’ère qui suivra à l’ère post-chrétienne », le temps comme « lésion ».

Voyons maintenant l’avis des critiques sur l’oeuvre cioranienne : critiques sur l’histoire, le mythe, la vie, l’éternité et sur l’aphorisme.

 

 

image_pdfScaricare PDFimage_printStampare testo
(Visited 55 times, 1 visits today)